Est-ce que tu peux te présenter ?
Je suis Lude, DJ et Vj. J’ai découvert ces pratiques pendant le confinement pandémie Covid. D’abord j’ai découvert le DJing, fabriquer ou diffuser de la musique électronique m’attirait déjà. D’ailleurs, je ne connaissais même pas la différence à ce moment-là, entre mixer et produire, je n’avais jamais fait de musique, je suis vraiment partie de zéro.
Concernant le VJing, j’avais vu l’art vidéo au lycée et un peu expérimenté cette technique.
J’avais le projet de faire un court-métrage. Vu qu’il y avait ce confinement, c’était le moment de prendre le temps d’expérimenter. J’avais fabriqué des costumes et, avec mes ami·es, on avait fait de la prise de vue réelle. J’ai aussi fait du stop motion et je voulais ajouter de la 3D. C’est au moment du montage où j’ai été frustrée, eu des difficultés à faire des choix, à me dire qu’ensuite ce serait arrêté. Surtout, être seule assise derrière un ordinateur en intérieur ne me plaisait pas.
Au détour d’une conversation, une amie m’a dit “Fais du VJing”. J’ai découvert Resolume Arena, un logiciel qui est un un séquenceur. On peut mélanger les vidéos par la superposition de calques, déclencher en live, caler sur le tempo. J’ai aussi eu la chance de récupérer des contrôleurs Faderfox à des ancien·ne·s qui faisaient du VJ au tout début, les Absurdes, à Strasbourg. J’ai récupéré ces contrôleurs midi avec des faders, des potentiomètres, qu’on peut mapper avec Resolume. Ils permettent d’être dans le mouvement. Ce n’est plus du clic sur de l’interface, c’est de la manipulation physique directement, le geste est intégré.

Quelles types d’images utilises-tu ? D’où viennent-elles ?
Au début, je mixais mes propres images avec Resolume. Après, j’ai commencé à prendre des bouts de films. Il fallait les survoler, découper les plans. Ensuite dans ce logiciel, je pouvais jouer et manipuler les extraits, ajouter bichromie et effet seuil permettait d’unifier des images différentes peu importe leur qualité, format, couleurs.
La même année, j’ai rejoins un DNMADe Design d’innovation sociale mention territoire et société. J’ai appris à regarder les pratiques numériques par un prisme critique, et découvert l’éthos logiciel libre en opposition aux G.A.F.A.M.1 et leurs dark patterns2. Les notions d’open source et de communs3, qui ont fait écho. Boycott de la Suite Adobe, changement de paradigme, l’art génératif (P5JS, Hydra, Touchdesigner), les cartes électroniques (Arduino, Makey Makey) et l’envie d’explorer d’autres façons de faire – rendre les outils et processus visibles – et d’autres esthétiques.
“Les objets serviles nous desservent de nos pratiques. Là où Adobe pense en termes de solutions, le designer créé de la divergence dans des systèmes techniques ou réflexifs. C’est paradoxalement en ouvrant et en se jouant de la résistance de l’idée à la forme que le designer peut construire son autonomie. C’est dans cette nécessaire liberté qu’un pouvoir pourrait s’exercer.”
MASURE, Anthony. Adobe : le créatif au pouvoir | Anthony Masure. Dans : Anthony Masure | Enseignant-chercheur en design [en ligne]. [s. d.]. [Consulté le 23 novembre 2025]. Disponible à l’adresse : https://www.anthonymasure.com/articles/2011-06-adobe-creatif-pouvoir
Ensuite je n’avais plus de logiciels de montage, ça ne m’intéressait plus d’être dans ce type de procédé créatif. J’ai essayé de trouver d’autres manières de faire, qui me permettrait une autre esthétique, plus brute. Prendre des captures d’écran du web, des vidéos youtube, des interfaces, faire des manipulations aléatoires dans QGIS4. Mettre juste un fichier qui traîne dans mon ordinateur dans QGIS, le manipuler, le rendre en 3D, lui inventer des coordonnées, faire comme si c’était une map, se balader dedans, zoomer, dézoomer, tester toutes les fonctions du logiciel inconnu. Capturer ces errances d’interface et de manipulation.
Aussi capturer des images à partir de ressources dispos en ligne, Vertex Meadow qui permet de transformer un 2d en Map 3d dans laquelle on peut se déplacer à la première personne, comme dans un jeu vidéo absurde dans lequel il ne se passe rien. Parfois des caméras, déjà utilisé le flux d’un microscope que j’avais mis à disposition du public.
J’ai pu tester Hydra – plutôt livecoding – et ensuite je me suis mise assez rapidement sur TouchDesigner. C’est de la programmation nodale, mais on voit à chaque étape ce qu’on fait. Ça permet de comprendre assez facilement et de réussir à programmer des choses facilement, sans devoir apprendre Python par exemple. Quand on en a marre de connecter des nœuds, on finit par utiliser des expressions Python petit à petit.
Ce logiciel m’a permis de faire du temps réel, et ça, ça m’a beaucoup plu, de pouvoir être dans cette démarche. Il y a un aspect génératif, live, qui est très parlant dans la fête.
J’ai découvert l’audio réactivité. Le patch réagi au son en live. Je tire un câble de la régie son, il arrive dans ma carte son, je traite les fréquences que je reçois pour savoir quand il y a un kick, une snare, le rythme, le tempo. En général, je le tape moi-même et j’ai une rampe de progression sur mes 16, 32, ou 64 temps, et des switchs. Après il y a un aspect organique, puisque ça ne fonctionne jamais vraiment parfaitement, donc je finis toujours par être en train de régler mon truc toute la nuit, de le bidouiller.
Que penses-tu des dispositifs interactifs ?
Sur certains VJ, je programme des interactions. Le public peut venir cliquer sur des choses ou manipuler des choses, faire bugger un peu les trucs aussi.
Sous forme de jeux vidéos, j’ai aussi mis à disposition des maps (clavier+souris, manette de xbox, PS2), ensuite, je récupère l’image et j’ajoute d’autres choses par-dessus.
Ces dispositifs permettent de nombreuses interactions sociales.
Qu’est-ce que je trouve à cette pratique ?
Elle me permet d’être en collaboration, d’être en effervescence et en spontanéité constante. Même si je suis seule sur mon projet de VJ, je vais toujours être en lien avec la personne qui fait les lumières, la personne qui fait son, les personnes qui organisent la soirée, le lieu, et puis le public.
Créer dans la fête est évident pour moi. La fête, c’est un espace temps qui stimule l’imagination, déclenchée par la musique, le mouvement, le fait d’être entourées de personnes hétéroclites ( âges, métiers, origines sociales). C’est une nourriture créative énorme. C’est aussi participer à quelque chose de collectif et résistant – implicitement ou explicitement – par le fait de se retrouver et de danser ensemble, de participer à construire un moment, une ambiance qui permet ça. Cela inclut une notion de temps particulière et importante.
Ouverture
Dans le glossaire de Raving, Mckenzie Warck5 définit les concepts interdépendants auxquels elle fait appel dans ses écrits, notamment les temporalités propres à la rave.
rave continuum
Chaque bonne rave qui a eu lieu ou qui aura lieu entre en contact avec le continuum, qui est un temps qui existe en dehors de tout autre temps. […] Les ravers le perçoivent un temps continu.”6
K-time
Ce que la situation construite d’une rave vise à générer. Le k-time est le temps machine amplifié jusqu’au moment où il se sépare de la durée et met le corps de côté […] le tout sans mémoire ni attentes. Un temps dissociatif, un temps kétamine. Les moments du k-time semblent se fondre dans le rave continuum.7
Ce que je trouve au vjing c’est aussi de pouvoir proposer de la vidéo qui soit expérimentale devant un public ultra varié, hors institution. D’avoir des retours critiques, de se confronter à un public mixte. D’avoir une grande liberté aussi.
Comment prépares-tu un live vidéo ?
En fonction de la soirée, de mes inspirations, de la nouvelle chose que j’ai envie de tester. Au niveau thématique, interactif ou technique. Souvent, j’ai une base d’images de capture d’écran, de bouts de film. Ça me permet d’avoir une base figurative sur laquelle je vais apposer des effets génératifs, etc. Je mélange des choses génératives ou géométriques avec des films.
Par exemple, j’ai un patch de rectangle avec du feedback : deux rectangles se superposent et se soustraient leurs dimensions changent selon le son. Avec le feedback, ils vont bugger, glitcher, il y a des bouts du mouvement qui vont s’arrêter, faire du noir, du blanc, flasher en rythme avec le son. À ça, je vais soustraire ou superposer la Montagne Sacrée d’Alejandro Jodorowsky, ce qui donne un résultat psychédélique, très sombre, qui fonctionne avec de la musique dans le même genre.
Travailler avec de la musique industrielle, hypnotique, distordue – peu importe le genre ou rythme – permet de dégager des émotions de l’image. J’ai moins d’affinités avec des musiques joyeuses et c’est certain que ça fonctionne mieux quand la musique nous touche. La musique dure porte quelque chose de revendicatif, ce qui permet au visuel d’apporter une symbolique et des sensations plus puissantes.
Qu’est-ce que tu racontes ?
Je n’essaye pas toujours de raconter directement un récit. J’essaye d’avoir des esthétiques ou des symboles qui permettent de raconter quelque chose ou qui vont peut-être rentrer dans la tête des gens et faire du rêve ensuite. Certaines choses peuvent être plus évidentes que d’autres. Il y a une envie de sortir l’image numérique de sa place habituelle pour l’interroger.
Moins évident, il va y avoir le fait de travailler avec des captures d’écran d’interface et des manipulations logicielles, aussi l’imagerie scientifique. C’est une tentative d’interroger l’image numérique, l’interface, l’image machine8. Vu l’ère technofasciste que nous traversons, il est essentiel de contre-attaquer, de détourner, critiquer.
Ouverture
Technofascisme / Contexte actuel
La technologie se fascise. Les gourous de la tech sont profondément eugénistes, obsédés par la race et le QI9. T.E.S.C.R.E.A.L. : transhumanisme, extropianisme, singularitarisme, cosmisme, rationalisme, altruisme efficace et long-termisme sont des concepts interconnectés au cœur de la Big Tech, Silicon VAlley, G.A.F.A.M, Open AI. Dans ce cadre, la technologie est un moyen de s’enrichir pour s’étendre, mais aussi un terrain idéal pour donner vie à ses rêves : tourisme spatial, sélection génétique. Ces concepts nourrissent et justifient une idéologie paranoïaque et conspirationniste, antidémocratique et ultralibérale.
Dans cette continuité, la fin est proche, il s’agit d’une “apocalypse stratégique”.
Nastasia Hadjadji et Olivier Tesquet désignent “les nerds de l’Apocalypse”10 qui façonnent cet entre deux mondes, entre l’ancien et le nouveau dans le but de faire adhérer à leur idées, de gagner encore en pouvoir et en richesse, de continuer à devenir des monarques, des souverains technologiques.
Dans ce contexte, de nombreuses images sont nées et continuent à naitre.11
Dans le jeu vidéo Surgeon Simulator on peut opérer Trump12. Des joueur·eus·s ont posté leur gameplay dans lesquels iels s’amusent à mal opérer Trump, du cœur, à le déchirer de l’intérieur, à lui tirer ses organes et à le faire crever avec joie. Diffuser ça sur des mètres d’écran LED devant 2000 personnes.
Pour ne pas être trop frontale, la représentation peut être une manière de faire et de raconter quelque chose de fictif, mais qui interroge et influence les imaginaires. Intégrer du texte permet de raconter des histoires ou faire passer des messages.
Il y a aussi des questions de représentations, dans une perspective féministe.13 Pour un VJ j’ai utilisé la nouvelle MémoiRes S.A. Philippe K. Dick en switchant les rôles, en rendant le personnage principal une femme, les personnages secondaires des hommes. J’avais mixé ça avec le travail de Kanoushka Kleiber travaille sur le corps de femme cyborg, et sa sexualité. Aussi des maps du jeu Half Life.
Le mapping et le vjing peuvent servir un récit, par exemple grâce à des personnages. Je pense par exemple à Tony Osler, qui projette sur des formes découpées, qui fait vraiment du vidéo mapping et met en scène des personnages qui racontent des histoires.

Shana Moulton utilise aussi le mapping dans ses installations et performance et interroge les liens entre consumérisme et quête spirituelle.

Dans des fêtes, avoir des personnages qui s’adressent directement au public, sans son mais avec du texte par exemple. Rentrer dans un dialogue comme ça complètement surréaliste avec les images. Une sorte de personnage qui va évoluer au fur et à mesure de la nuit et qui va raconter des choses, créer une fiction.
Aider les gens qui dansent à se connecter à la musique – la connexion est très physique – viser un imaginaire, des images mentale qui les sortent du quotidien. Déclencher du dialogue (intérieur et exterieur). Lorsqu’il y a la transe, le corps bouge presque automatiquement et le cerveau déroule un flux d’idées et de pensées qui va avec la musique, en rythme. Des rêves éveillés, dont la cadence varie selon le tempo. Rire seul·e, imaginer des scènes sans soi-même, se décentrer, connecter avec les gens autour, de manière extraordinaire.
Comment mets-tu en espace tes dispositifs ? Quelle disposition idéale pour tes projections ?
C’est un écran 16/9ème en fond de scène, écran loué type conférence. J’ai cherché d’autres manières de faire. J’ai des tulles, des tissus fluides et transparents qui permettent d’avoir des effets holographiques, transparents. Partout où l’image projetée est noire, c’est transparent. Je dispose ces tulles devant les DJ ou dans le dancefloor.
Le frontal fixe, c’est la TV, le smartphone ou le cinéma : souvent du divertissement passif. Le VJ peut et doit prendre d’autres formes pour s’intégrer à une scénographie démocratique, dans laquelle le public se meut librement, choisi de regarder ce qu’iel veut. VJ disposé dans le dancefloor, dispositif déambulatoire. Il est préférable de ne pas imposer les écrans et les images au public puisse pour que l’expérience de la fête ce ne soit pas linéaire mais plurielle.
Ainsi, penser le vj comme un élément scénographique à part entière. Axer sur la convivialité, le territoire, imaginer un espace non frontal, oblique par exemple. Ne pas prendre le pas sur les personnes, l’espace temps organique, mais au contraire encourage un flux libre.

“Des balcons continus sur deux niveaux et une piste de danse centrale en fossé plantent un décor semblable à une pièce de Shakespeare, où les acteurs et le public font partie intégrante du spectacle. […] Le Newcastle transforme la scène, qui n’est plus seulement un élément à regarder, mais auquel on participe, créant ainsi une interaction plus prononcée entre l’artiste et l’interprète.”14
A Strasbourg le collectif Peste Sauvage a organisé une rave jeu de rôle.15 Le jeu était en lien avec l’histoire régionale. Il y avait des PNJ16 à aller voir pour obtenir des indices et progresser dans le jeu. Le soundsystem était disposé comme un totem, à 360°.17
Aussi proposer quelque chose qui bug, qui est éclaté, troué, même dans la manière d’utiliser les écrans notamment. Profiter de cet espace-temps fête pour proposer des dispositifs expérimentaux.

Quelles techniques et outils utilises-tu ? Quelle est ta relation à ceux-ci ? Comment utilises-tu tes machines et tes interfaces ?
TouchDesigner, le temps réel, le génératif et l’aléatoire, être surpris·es.
La notion du temps est importante, parce qu’on est touste dans une énorme boucle de musique électronique, on arrive à 23h30, on repart à 6 ou 7 heures du matin et on n’a que ça à faire, danser, écouter le son, regarder le visuel, rencontrer des gens. Cette temporalité permet d’avoir des évolutions visuelles très minimes qui se passent sur 4 ou 5 heures. C’est intéressant de prendre le temps, d’avoir un visuel qui change petit à petit. Forcément c’est une contre-visualité des images normées propres au productivisme et du rapport temps-technologie qu’on au quotidien. Aussi, trouver des techniques qui permettent de participer à ce que Arnaud Idelon appelle temps improductif, aussi à un retour à l’enfance, à la joie et et au jeu.18
Qu’est-ce que c’est que le futur de la fête et du VJ ?
Actuellement, l’industrie de la fête, en tant qu’artiste dans la fête, on peut se retrouver à travailler dans des contextes assez différents les uns des autres, avec une valorisation du travail, que ce soit financière ou artistique, très variée.
La musique techno fait partie de l’industrie du divertissement, semblable à celle du parc d’attractions. D’ailleurs, on sait qu’en termes de décors et de show, c’était durant un temps la même entreprise qui fabriquait les décors de Disneyland et du festival Tomorrowland.
C’est compliqué d’imaginer une fête désirable dans ce contexte. Ce qui est le plus visible, c’est l’industrialisation, la commercialisation.
“Les raves d’aujourd’hui ne sont pas une situation qui préfigure l’utopie. Elles ne peuvent pas préfigurer un avenir qui n’existe peut-être pas. La situation construite de la rave est peut-être tout ce que certain·es d’entre nous ont, même si la révolution arrive.”
Wark, McKenzie. 2023. Raving. Practices. Duke University Press. Page 10, traduit de l’anglais.
Les fêtes positives et engagées sont moins visibles. Ce sont de petites initiatives locales et collectives qui font la survie de la fête. C’est justement des fêtes pensées pour résister et survivre au reste.
Il y a des initiatives pour que la fête soit plus écologique. Par exemple à Strasbourg, Solar Bike et We are Solar, une initiative qui met à disposition des panneaux solaires pour alimenter en électricité les événements musicaux. Il y a aussi les collectifs en mixité choisie ou non subie Wom·x, Diaspora, Ascendant Butch, Inscifives.
Il y a différentes entités, à différents endroits, qui luttent pour plus de représentation et d’inclusivité.
Bien sûr que dans la fête il y a la lutte, et on doit imaginer un futur dans lequel la fête continue à être un espace sensible d’expression artistique et politique. Mais pour que ça puisse exister, il faut questionner l’écosystème entier et lutter de l’intérieur.
C’est quoi le futur de la fête ?
La fête du futur, c’est la fête en communauté, tous les engagements, donc l’inclusivité, la réduction des risques, l’écologie, l’accessibilité aussi financière, et puis à côté une industrie qui va continuer à se développer avec d’énormes festivals, écrans énormes, etc. en ce sens il va falloir contre balancer avec des fêtes minimalistes et des pratiques alternatives, bricolées. Aussi se battre pour que la techno reste militante.
Et dans ce cadre-là, quel futur pour le VJ ?
Le VJ peut continuer à exister de manière la plus pertinente dans les fêtes engagées, dans les fêtes en communauté qui sont aussi inscrites dans un territoire donné. Parce que ça va permettre d’être dans un cadre de liberté artistique, d’être assez valorisé pour son travail, même si ce n’est pas les endroits où il y aura le plus d’argent, bien sûr. Mais je pense que c’est là où il peut exister, parce que c’est là où il va y avoir du terrain d’expérimentation et de la liberté artistique, aussi dans l’expression de certains combats ou certaines esthétiques.
Le futur du VJ, c’est de continuer à utiliser la pratique du VJing comme échappatoire à des pratiques numériques productivistes et aliénantes. C’est une pratique d’art numérique libératrice, elle permet de créer dans la fête, de manipuler des images durant plusieurs heures. Dans ce cadre l’ordinateur, les interfaces, les images sont au service du temps improductif et collectif, autre chose que le technofascisme, le capitalisme.
Elles sert une transe collective, une scénographie, quelque chose qu’on fait ensemble, quelque chose de beau.
Et après, l’autre futur, non désirable, qui est là et qui va continuer à exister et à se développer, le futur des cyborgs en 3D qui vont devenir de plus en plus gigantesques. C’est aussi ça le futur du VJ.
Je vois aussi un futur crossover. C’est-à-dire qu’en tant que VJ, on peut aussi aller s’incruster dans des événements standards gros budgets headliner etc. En tant qu’artiste visuel, qui avons des heures sur d’énormes écrans, on a aussi le pouvoir de jouer avec l’image subliminale, les symboles. Ça peut être furtif, mais je pense qu’il y a moyen aussi d’avoir d’amener des choses, voir de saboter.
Dans une fête ultra commerciale, on n’attend pas forcément de voir, par exemple, Donald Trump qui se fait défoncer de l’intérieur en 3D. Je pense qu’il faut aussi aller là où on nous attend pas, et en tant que vj/dj, on peut le faire. Après on peut faire de la pédagogie en discutant avec les programmateur·ices, donner des ressources19 etc.
- Acronyme de Google Apple Facebook Amazon Microsoft voir https://fr.wikipedia.org/wiki/GAFAM ↩︎
- Un dark pattern ou dark UX (en français : interface truquée) est une interface utilisateur qui a été volontairement conçue pour tromper ou manipuler un utilisateur. (d’après https://fr.wikipedia.org/wiki/Dark_pattern ) ↩︎
- Plus précisément ce documentaire sur la notion de brevet, de communs et leurs enjeux globaux : https://youtu.be/iVIBp-ECzgA?si=xCWXS672Wj9NrHDH ↩︎
- Logiciel de cartographie, topographie. https://qgis.org/ ↩︎
- WARK, McKenzie. Raving. Durham : Duke University Press, 2023. Practices. ↩︎
- Ibid. Citation traduite de l’anglais : What the constructed situation of a rave aims to generate. K-time is machine time amplified to the moment where it splits from duration and takes the body sideways, possibly into enlustment, ravespace, xeno-euphoria, or other as yet unnamed aesthetics—all without memory or expectations. A dissociative time, a ketamine time. Moments of k-time appear to blend into the rave continuum. ↩︎
- Ibid. Citation traduite de l’anglais : “Every good rave that has ever happened or will ever
happen makes contact with the continuum, which is a time that exists outside of every other time. The continuum folds moments of k-time together so that their tracks mix. Ravers feel it as continuous time, and who’s to say it isn’t? The rave continuum can open into sidechain time, which mutes historical time like a series of kick-drum beats, so that raves sound into the surround, through the
chatter.” ↩︎ - Réflexion en lien avec le travail d’Harun Farocki, ses films Parallels et Oeil/Machine. ↩︎
- algorithmes, Dans les. 2024. « Y aura-t-il une alternative au technofascisme ? » novembre 8. https://danslesalgorithmes.net/2024/11/08/y-aura-t-il-une-alternative-au-technofascisme/. ↩︎
- Hadjadji Nastasia, et Olivier Tesquet. 2025. Apocalypse nerd: comment les technofascistes ont pris le pouvoir. Editions Divergences. ↩︎
- Réflexion sur les images de contrôle, la vidéo surveillance inspirée du film : All Lights are Everywhere [en ligne]. Neon, 31 janvier 2021. Disponible sur Tënk ou à l’adresse : https://www.youtube.com/watch?v=Aydf15xiQSs&t=533s ↩︎
- Voir : https://youtu.be/s-cKG88Bo0Q?si=crPqLVikT64Bitan ↩︎
- On sait par exemple que les protagonistes masculins et/ou blanc·che·s sont sur représenté·es au cinéma.Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Test_de_Bechdel et https://fr.wikipedia.org/wiki/Whitewashing ↩︎
- Citation originale : “Continuous balconies on two levels and a central pit dance floor set the stage like a Shakespearian drama, where both actors and audience are part of the performance. […] the Newcastle transforms the stage from something to look at, into something to be part of, creating a more pronounced interaction between artist and performer.” ↩︎
- https://soundcloud.com/zoneestradio/murmures-peste-sauvage-invite-lamicale-du-freesquet?si=f97843c65e4e4a0baf53bdc829d56fde&utm_source=clipboard&utm_medium=text&utm_campaign=social_sharing ↩︎
- Acronyme de Personnage Non Joueur désigne tout personnage de jeu de rôle ou de jeu vidéo qui n’est pas contrôlé par les joueur·euse·s. C’est un·e figurant·e. ↩︎
- https://www.instagram.com/p/DAZJibkMq7_/?img_index=4 ↩︎
- IDELON, Arnaud, BATAILLE, Gorge et GAITÉ, Florian. Boum boum: politiques du dancefloor. Paris : Editions Divergences, 2025. ↩︎
- Une des actions de Wom·x https://wom-x.com/ ↩︎
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